L’inclusion et le gouvernement ouvert : ce que São Paulo and Santiago peuvent nous apprendre

par

Cet article est le deuxième d’une série sur « ce qui a été dit » du Laboratoire de recherche appliquée avec des réflexions sur le Sommet 2019 du Partenariat pour un gouvernement ouvert.

Donner un sens à l’inclusion

Les participants au Sommet 2019 du Partenariat pour un gouvernement ouvert (PGO) ont profité de la plateforme qui leur était donnée pour partager leurs projets locaux pour un gouvernement ouvert. Tout au long de la semaine, nous avons écouté des conférenciers et conférences de tous les milieux, tout autant des dirigeants et dirigeantes municipaux que des militants et militantes. Nous avons même entendu l’histoire d’une famille qui a mis sur pied un projet permettant de visualiser les dépenses budgétaires de son pays. De toute évidence, tout le monde peut participer au gouvernement ouvert. Et c’est un sujet (et une question) qui s’est avéré très populaire pendant le Sommet.

Il est en effet apparu clair tout au long des discussions de la semaine que la communauté du PGO a beaucoup progressé pour améliorer l’inclusivité. Selon le PGO, à la fin de 2018, seulement 54 des 3 000 engagements pris par les gouvernements nationaux ou locaux dans le cadre du PGO incluaient les femmes ou le genre, ce qui représente moins de 2 %. Toutefois, dans la pratique, l’inclusion ne se limite pas à fixer des objectifs généraux, nationaux et internationaux pour inclure davantage de femmes et de filles dans un processus démocratique.

Dans cet article, nous présentons deux expériences locales du PGO ancrées dans le contexte sud-américain. Ces deux exemples mettent en évidence comment des pratiques locales peuvent incarner différentes dimensions de l’inclusion, tout en soulignant les domaines de travail qui pourraient bénéficier de recherches supplémentaires. L’étude de ces expériences locales pourra aider le PGO à améliorer son impact réel au niveau infranational. Ces histoires sont utiles pour illustrer comment l’inclusion dépend de la participation des citoyens et citoyennes de diverses administrations, de l’établissement de relations avec les citoyens et citoyennes dans un contexte qui leur est familier et de la garantie que les groupes marginalisés et vulnérables ont voix au chapitre dans les activités des administrations locales ouvertes.

Programme des agents du gouvernement ouvert : São Paulo, Brazil

Dans le cadre d’un évènement parallèle au Sommet du PGO, Gustavo Ungaro, contrôleur général de l’Hôtel de Ville de São Paulo, et Julia Fernandes de Carvalho, représentante du Programme des agents du gouvernement ouvert (Brésil), sont venus partager leurs expériences sur les initiatives pour un gouvernement ouvert à São Paulo, un membre infranational du PGO. Ils ont mis l’accent sur le Programme des agents du gouvernement ouvert de la ville lancé en 2015. Ce programme a comme mission de créer un réseau de fonctionnaires travaillant sur le gouvernement ouvert afin de favoriser l’apprentissage entre pairs à l’échelle du quartier. La Ville a lancé un appel public pour trouver des agents et agentes, invitant tous les résidents et toutes les résidentes ayant les compétences nécessaires à venir enseigner une matière un sujet en particulier. Ces agents et agentes ont développé leurs propres cours sur le gouvernement ouvert et les ont offerts gratuitement dans leur collectivité.

L’expérience de São Paulo s’est montré un succès d’inclusion, tant dans sa portée que dans sa constitution : le programme a réussi à mobiliser l’ensemble des 32 sous-préfectures municipales de la ville (districts urbains). La structure même du programme a aussi permis de diffuser efficacement les ateliers dans tous les quartiers de cette ville de plus de 12 millions d’habitants, et ce, malgré les importantes inégalités de revenus entre les quartiers. Les agents et agentes ont aussi utilisé des espaces communautaires pour tenir les ateliers. En tirant parti des réseaux communautaires, de l’infrastructure matérielle et des connaissances existants, le programme a invité les citoyens et citoyennes à apprendre et à participer à un gouvernement ouvert sans sortir de leur cour. Dans ce type d’environnement, tout le monde est invité à venir apprendre ; peu importe le parcours de vie et l’expérience.

Ce programme se différencie beaucoup des hackathons, des laboratoires d’apprentissage ou des activités de cocréation typiquement perçus comme les exemples idéaux de la participation citoyenne dans un gouvernement ouvert. Bien que ces types d’activités se montrent souvent très utiles, elles peuvent aussi limiter la participation à un sous-ensemble autosélectionné de citoyens et citoyennes bien éduqués ou ayant des connaissances et une expertise préalables en matière de gouvernement numérique.

Dans l’ensemble, l’approche d’apprentissage entre pairs de São Paulo a eu des résultats tangibles. Selon un rapport de l’OCDE, de novembre 2015 à fin 2016, plus de 15 000 personnes ont participé aux ateliers. De plus, plus de 90 % des participants et participantes ont jugé que leur expérience était bonne ou excellente pour les éléments suivants : disponibilité de l’information, qualité des connaissances et des compétences pédagogiques de l’agent ou agente et applicabilité de la matière (OCDE, 2017).

À mesure que nous allons de l’avant, il faudra étudier la possibilité de reproduire ce type de programme d’apprentissage entre pairs, tout en poursuivant la recherche et en trouvant des moyens de surveiller et d’évaluer les retombées réelles du programme au fil du temps. Par exemple, les leçons tirées de l’atelier se sont-elles traduites par un engagement plus actif des citoyens et citoyennes qui y ont participé ? Les employés et employées du gouvernement qui ont participé au programme appliquent-ils réellement les compétences qu’ils ont acquises ? Le travail effectué pour répondre à ces questions permettra aussi de mieux mesurer les effets à long terme des initiatives locales et inclusives d’un gouvernement ouvert.

Le premier Plan d’action local communal ouvert du Chili : la ville de Renca

La municipalité de Renca (qui fait partie de la région métropolitaine de Santiago) a travaillé avec la fondation Tribu et d’autres acteurs locaux pour élaborer le premier Pan d’action local ouvert communal de la ville, le premier du genre au Chili. Le processus consistait à inviter les voisins à se réunir, à s’informer sur le gouvernement ouvert et à définir leurs objectifs locaux pour une administration municipale plus transparente et participative (El Mostrador, 2019).

Au cours d’une session sur l’inclusion, dans le cadre d’un évènement parallèle au Sommet du PGO, Tomás González Olavarría, directeur de la fondation Tribu, a affirmé que l’existence de plans locaux et le travail à l’échelle communautaire sont une mesure importante d’inclusion, en particulier dans les pays qui connaissent des niveaux élevés d’inégalités et de ségrégation. Par conséquent, leur approche ne tenait pas seulement compte des facteurs socio-économiques qui constituent des obstacles à la participation du public, mais elle portait une attention particulière aux citoyens et citoyennes dont l’identité, les capacités et les expériences diffèrent de la moyenne. Par exemple, alors que les chargés et chargées de projet voulaient au départ utiliser des plateformes en ligne, ils ont rapidement reconnu que tout le monde dans la communauté n’était pas connecté à Internet. Il a donc été décidé que la priorité serait donnée à l’organisation d’ateliers en personne. Ces ateliers ont donné la priorité à l’inclusion des femmes, des jeunes, des immigrants, des peuples autochtones, des personnes handicapées, entre autres groupes, en s’adressant directement à eux et en les invitant à participer aux séances.

Alors que Renca poursuit son travail de mise en œuvre du plan, son processus participatif met en lumière certaines questions clés qui méritent d’être examinées de plus près. Plus particulièrement, il serait intéressant de se pencher sur la manière dont les biais d’autosélection de ce type d’évènement sur les gouvernements ouverts influencent, ou non, les personnes qui se présentent, ou encore d’examiner le déroulement de ces activités et leurs résultats éventuels. Par exemple, tout au long du Sommet du PGO, un certain nombre de représentants et représentantes de la société civile ont rappelé que, dans leur localité, bien que les femmes soient souvent le moteur de l’organisation et du travail communautaire, plusieurs hésitent encore à s’exprimer et à affirmer leurs positions et besoins.

La première étape consiste à avoir la participation des citoyens et des citoyennes. Mais encore faut-il ensuite surveiller qui dirige réellement les conversations, sans perdre de vue que les personnes capables d’exprimer leurs opinions devant une salle pleine de gens ont un certain ensemble de capacités qui sortent de la moyenne. Dans ces situations, les différences culturelles, l’éducation, le pouvoir, les privilèges, le temps et la confiance sont tous des éléments qui doivent être pris en compte. Il est important de mieux comprendre ces dimensions et, en particulier, la manière dont elles introduisent un biais, ou non, dans les résultats pour que les actions entreprises aident les projets locaux du PGO à améliorer l’inclusion tout au long du processus de participation, particulièrement lors des activités en personne.

Dernières réflexions à mesure que nous allons de l’avant avec le programme local du PGO

Tout au long du Sommet du PGO, les intervenants et intervenantes ont démontré que les possibilités sont nombreuses pour rejoindre les groupes généralement sous-représentés. Les administrations locales peuvent adopter des principes d’inclusion pour, dans la pratique, consulter leurs citoyens et citoyennes sur des territoires vastes et diversifiés, les rencontrer dans leur propre milieu et les faire participer. Pour accroître les résultats du PGO à l’échelle locale, nous devons non seulement continuer d’inviter les collectivités à la table de négociations, mais aussi améliorer nos connaissances sur la manière dont les activités locales d’apprentissage et de cocréation se traduisent en actions et en effets à long terme pour les citoyens, citoyennes et le gouvernement. Plus encore, nous ne devrons jamais perdre de vue les facteurs qui déterminent qui a une voix (au sens propre) dans la démocratie locale.

Source

Partenariat pour un gouvernement ouvert (s.d.). Actions for a More Inclusive Open Government Partnership. En ligne : https://www.opengovpartnership.org/actions-for-a-more-inclusive-open-government-partnership/

OCDE (février 2017). Embracing Innovation in Government Global Trends, p. 51-53. En ligne : http://www.oecd.org/gov/innovative-government/embracing-innovation-in-government.pdf

El Mostrador, (8 mars 2019). Renca tendrá el primer plan de acción comunal de Gobierno Abierto realizado en Chile. En ligne : https://www.elmostrador.cl/noticias/pais/2019/03/08/renca-tendra-el-primer-plan-de-accion-comunal-de-gobierno-abierto-realizado-en-chile/

Notre infolettre